18 décembre 2019
Homélie du père Arturo Sosa

Se rencontrer, à l’occasion de Noël, est une occasion pleine de saveurs et d’affections.

Nous nous rencontrons pour exprimer que nous ne sommes pas ensemble par hasard ; que nous sommes plus qu’une simple entreprise, beaucoup plus. Nous sommes unis par les sentiments de camaraderie, de solidarité, d’amitié et d’affection que nous voulons exprimer.

Nous nous rencontrons parce que nous croyons que le Seigneur a planté sa tente parmi nous, il fait partie de notre histoire, il est la source de notre Espérance et il nous donne la force d’en témoigner en agissant de manière à faire advenir ce que nous espérons.

C’est une rencontre aux multiples saveurs.

Elle a le goût de la tradition, de quelque chose qui nous relie à nos racines culturelles et familiales. Nous aimons préparer à nouveau les repas associés à cette fête, chanter les cantiques appris dans notre enfance et qui nous semblent tout neufs, saluer ceux avec lesquels on n’a pas pris assez de temps et saluer de manière différente ceux qui nous sont proches.

Elle a aussi le goût de la dure réalité dans laquelle notre vie actuelle se déroule. Noël n'est pas un moyen de cacher l’inhumanité qui semble prendre plus de place dans le présent de l’histoire humaine, alors qu’il paraît plus facile de fermer les yeux sur les conséquences du changement climatique que de changer nos habitudes de vie, de production et de consommation des biens dont nous avons besoin. Il semble plus facile de s’enfermer dans des sentiments nationalistes ou tribaux et de fermer les portes des maisons, des villes et villages et des nations que de se réjouir de l’arrivée de ceux qui cherchent à construire ensemble une société plurielle où l’on retrouve des conditions de vie décentes et où l’on participe à une vie publique gérée de manière démocratique. Il semble qu’il soit plus facile de dire aux jeunes ce qu’est la vie que d’écouter leur expérience de la nouvelle ère dans laquelle ils naissent et se meuvent afin de décider ensemble comment ouvrir des voies vers un avenir meilleur. Il semble qu’il soit plus facile de voir les temples comme des musées du passé que de percevoir la dimension humaine qui nous pousse à la transcendance.

Noël a aussi la saveur de l’Espérance. C’est ce que Marie de Nazareth a goûté quand elle a compris les paroles de l’Ange Gabriel, convaincue que pour Dieu rien n’est impossible et en choisissant de s’ouvrir à l’accomplissement de la volonté du Père. Le même goût qu’a connu Joseph quand il s’est réveillé du songe qui complétait son discernement, qu’il a reçu Marie dans sa maison et a donné à l’enfant le nom de Jésus, l’œuvre du Saint Esprit.

Notre rencontre est l’occasion d’exprimer notre affection, de perdre ce qui nous retient d’aller plus loin dans la connaissance de ceux et celles d’entre nous, croisés quotidiennement ou par hasard dans les couloirs ou les bureaux de la Curie. La rencontre d’aujourd’hui est l’occasion d’exprimer et de nous exprimer mutuellement les liens d’affection qui nous unissent. Profitons donc au maximum de ce moment.

La rencontre de Noël de la Curie a aussi saveur de tradition.

C’est un engagement indélébile dans notre calendrier et nous attendons son arrivée avec un sourire intérieur sincère.

Les activités varient un peu chaque année, mais nous savons que nous sommes liés à la tradition de cette maison en harmonie avec la tradition chrétienne et familiale de la célébration de Noël.

Ce n’est pas le moment d’esquiver ou d’oublier la réalité dans laquelle nous vivons, mais non plus de nous laisser écraser par elle.

C’est une rencontre qui ravive notre désir de contribuer, avec beaucoup d’autres personnes et institutions, à changer ce monde, à en faire une maison commune accueillante où habite la fraternité.

C’est une rencontre où se nourrit l’Espérance associée à l’annonce de la naissance de l’enfant Jésus et qui nous invite à confirmer à nouveau notre désir d’être des messagers de l’Espérance fondée sur la vie et l’œuvre de Jésus de Nazareth.

En tant que Compagnie de Jésus, cette année 2019 nous a donné de nombreux signes pour nourrir notre Espérance.

Le 5 février, vingt-huit ans après son départ pour la Maison du Père, la Cause de béatification du Serviteur de Dieu, Pedro Arrupe, SJ, a été officiellement ouverte, et tout au long de l’année, des progrès constants ont été accomplis dans l’une des phases les plus complexes du processus : recueillir des témoignages et étudier en profondeur son histoire personnelle. Nous remercions de tout cœur ceux et celles qui se sont engagés, avec compétence et passion, dans cette cause dont nous avons reçu une impulsion nourrissante pour grandir dans la vertu de l’Espérance et faire de nous ses messagers comme le fut Pedro Arrupe.

Entre janvier et février, nous avons conclu le discernement en commun des Préférences apostoliques universelles 2019-2029 de la Compagnie de Jésus. Le 6 février, le Saint-Père François nous écrivait : « Le processus que la Compagnie a entrepris pour arriver aux préférences apostoliques universelles pour les années à venir a été un cheminement (...), ce fut un discernement dynamique (...). Merci pour ce travail que j’approuve et confirme comme mission. »

Les Préférences apostoliques, mission reçue de l’Église, par l’intermédiaire du Saint-Père, selon le souhait des Pères fondateurs de la Compagnie de Jésus et sa tradition, sont une source d’Espérance pour le futur proche.

C’est aussi en janvier qu’a été célébrée la Journée Mondiale de la Jeunesse, au Panama, précédée par l’expérience MAGIS qui a rassemblé des jeunes inspirés par la spiritualité ignatienne de toutes les parties du monde.

La Curie a accueilli de nombreuses rencontres, réunions, séminaires tout au long de l’année. Certaines se répètent chaque année, d’autres seulement de temps à autre, ou sont un évènement unique. Voir les visages de tant de personnes engagées dans la mission en tant de lieux et de cultures, partager leurs expériences dans les sessions de travail, autour de la table ou dans les corridors, nourrit aussi notre Espérance.

C’est avec une grande générosité que la communauté de la Curie accueille de nombreux invités tout au long de l’année. Les responsables de l’accueil et tous les membres de la communauté font de leur mieux pour que chacun se sente chez lui. C'est aussi comme ça que notre Espérance grandit.

Nous nous sommes souvenus de certains de nos martyrs : Franz Van der Lugt (à Homs, le 5 avril) ; les jésuites et collaborateurs de l’UCA de San Salvador (le 16 novembre) et les cinquante-sept jésuites tués pour leur engagement social au cours des cinquante dernières années.

Depuis le 1er septembre, James Hanvey a commencé son travail comme secrétaire pour le service de la foi. Sa mission consiste à approfondir la dimension de la foi dans tous nos apostolats, à promouvoir de nouvelles façons de rendre la Bonne Nouvelle présente dans les diverses réalités actuelles, à promouvoir la spiritualité ignatienne, à coordonner la commission pour l’œcuménisme et les relations interreligieuses.

Le 27 septembre, jour anniversaire de la fondation de la Compagnie, on a annoncé qu’une Année Ignacienne aurait lieu du 20 mai 2021, date de la blessure d’Ignace à Pampelune, et le 31 juillet 2022. Nous nourrissons notre Espérance en permettant au Seigneur de travailler notre conversion inspirée par l’expérience personnelle d’Ignace de Loyola.

Tout au long du mois d’octobre, nous avons partagé l’expérience pleine d’espérance du Synode sur l’Amazonie.

En mai et octobre, nous avons accueilli les sessions du cours « Leadership en discernement » qui cherche à partager l’Espérance qui nous anime en plaçant le discernement spirituel au centre de nos efforts pour être fidèles, de manière créative, à la mission confiée à l’Église.

Plus de deux cents jésuites, compagnons et compagnes dans la mission se sont réunis ici à la Curie pour se souvenir et remercier pour les cinquante années de travail constant du Secrétariat pour la justice sociale et l’écologie. Le fruit d’une longue et soigneuse préparation a été l’occasion de renouveler notre Espérance et de confirmer l’engagement, d’en témoigner dans la lutte pour la justice et le soin de la maison commune.

En novembre également, un document important a été publié dans lequel sont rassemblés les espoirs du travail en éducation inspiré par la tradition de la Compagnie : Les écoles jésuites : une tradition vivante au 21ème siècle - Un exercice continu de discernement rassemble l’horizon plein d’Espérance de l’engagement envers les jeunes dans les espaces éducatifs de la Compagnie partout dans le monde.

A l’occasion de la célébration de son cinquantième anniversaire d’ordination sacerdotale, le Pape François est venu à la Curie pour présenter les Écrits du Père Miguel-Ángel Fiorito. Le Saint-Père a offert un témoignage personnel très nourrissant pour notre Espérance et il a mis à notre disposition une source d’inspiration grâce à cette nouvelle publication.

Tout au long de cette année, nous avons donc eu de nombreuses occasions de nourrir notre Espérance et d’en témoigner. Surtout, comme Marie et Joseph, nous avons fait l’expérience que nous pouvons être guidés par l’Esprit Saint et que lorsque nous le faisons, des fruits abondants sont produits, et parmi eux certains que nous croyions impossibles.

Demandons à l’Esprit Saint la grâce de nous fonder dans l’Espérance qui nous conduit à mettre toute notre confiance en Dieu et à nous laisser guider par Lui en ouvrant de nouvelles voies à l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres, aux opprimés et aux personnes de bonne volonté disposées à recevoir le don de Dieu : notre libération du péché, de l’injustice et de la violence pour cheminer vers la réconciliation de toute chose dans le Christ.

Joyeux Noël !

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